The Longest Journey

The longest journey

Mon road trip sur les point’n’click date depuis mon excursion sur Lionheart : Legacy of the crusader puis Les Chevaliers de Baphomet – La Malédiction du Serpent, alors que je bandais à l’origine sur The Longest Journey (raison qui m’a fait replonger dans ce style de jeu).  Il m’aura quand même fallu attendre plus de trois mois après avoir torché ces deux jeux vidéo pour m’y mettre complètement, envoyant bouler assez régulièrement n’importe qui aurait eu l’idée saugrenue de me proposer une partie de jeu en commun alors que je m’étais embarquée dans un autre périple en solo.

L’histoire

Le jeu met en avant une jeune femme, April Ryan, qui tout juste débarquée de sa cambrousse natale, s’acclimate à son rythme à la vie de citadine, dans une Venise (situé à NewPort) polluée et extrêmement industrialisée. Le scénario se passant aux XXIIe siècle, vous êtes en droit de fantasmer sur un univers rappelant le Cinquième Elément par ses voitures et son système de colonisation (vendre son corps non pas pour sexer –quoique…., mais se faire exploiter dans des camps sous les ordres d’une multinationale surpuissante. L’esclavage est redevenu une mode en somme).

Etudiante en art, sa vie se partage entre ses études, son boulot en tant que serveuse dans un bar et ses sorties entre amies. Rien de très folichon à l’horizon : une banale vie d’étudiante fauchée et en panne d’inspiration alors qu’elle doit rendre un tableau pour une exposition qui aura lieu dans deux semaines. C’est sans compter le destin qui vient chambouler sa vie, d’abord en douceur (un peu comme une première fois, ou pas) sous forme de rêve des plus fantaisistes où elle se retrouve à tailler la conversation avec une Dragonne et les Esprits d’un arbre agonisant avant d’embarquer dans une aventure qui bouleversera sa vie, en plus de lui révéler sa véritable identité.

Tout d’abord, elle doit vite assimiler un fait : d’une la magie existe et ses rêves ne sont pas si chimériques que ça, et de deux, le monde a jadis été divisé en deux parties pour éviter le chaos : d’un côté Stark, son monde où la logique, l’ordre et la science règnent en force, et de l’autre, Arcadia, un monde illogique où la magie a ses droits, et où de nombreuses créatures cohabitent avec les hommes.

Matrix

À partir du moment où vous êtes l’élu, y a forcément une ou deux prophéties foireuses qui trainent.

Son talent est d’être une franchiseuse, de pouvoir (contre sa volonté vu qu’elle ne le contrôle pas) naviguer d’un monde à l’autre. C’est cette faculté et sa débrouillardise qui l’emmèneront à empêcher les Eclaireurs de réunifier les deux mondes (et rompre l’Equilibre instauré depuis la séparation).

Tout au long de sa quête, on pense deviner qu’elle est son véritable dessein en plus d’être l’Élue mais le scénario se veut plus retord (et abouti) que ce que l’on pourrait croire. Certes, il s’agit d’une lutte contre un mouvement « maléfique », mais la narration est complètement différente de ce que l’on peut trouver habituellement. La fin (et la nature même d’April) surprend, et on comprend qu’une suite est là pour répondre à nos questions laisser en suspend (Dreamfall : The Longest Journey, puis d’ici quelques mois Dreamfall : Chapters).

Malgré un aspect sombre, l’humour est constamment présent, notamment dans le choix de nos réponses, ou celles données spontanément par l’héroïne. C’est foutrement jouissif de l’entendre répliquer un « va te faire voir » à son interlocuteur, quand ce dernier est une espèce de métrosexuel snob doté d’un bâton profondément ancré dans son cul.

En dehors de cet aspect-là, il est à noter que bien que l’histoire se déroule dans un futur éloigné (oui, désolée mais à mes yeux, 100 ans reste un futur pas si proche que ça), le sexisme existe encore, et de nombreuses références à notre culture « populaire » sont présentes. Des exemples ? Star Wars reste vénéré puisque j’ai compté minimum trois clins d’œil à la saga, puis dans le désordre on trouve des références à Tolkien (Le Seigneur des Anneaux), Lewis Caroll (Alice aux pays des pétards merveilles), X-Files, et … Hitler. Ouaip, ce bon vieux Hitler aura à jamais marqué les esprits, et inspiré les dirigeants des camps de colons. Plutôt que de contraindre par la force les gens à se tuer au boulot, ces derniers y vont d’eux-mêmes, le cœur en bandoulière (bon un peu persuadés qu’en vrai ils seront bien traités, logement, bouffe et tout le reste gratis en échange de quelques 24h de travaux à effectuer par jour).

C’est toujours bon de savoir que les œuvres que l’on aime seront toujours autant adulées bien après notre trépas. On pourrait reprocher à Funcom de ne pas avoir pris d’initiative ou risque de placer des références nouvelles, mais si, ils le font (Bingo, la boisson qui aura réussi le pari de mettre en faillite la Coca Cola Company, et toutes ses consœurs tant qu’à faire, l’Amathine, la nouvelle drogue de synthèse, mais bon, c’était peut-être mieux d’en inventer une plutôt que de vanter les mérites de celles qui existent déjà).

Gollum

Tolkien, ce génie qui a déguisé la drogue en la remplaçant par un anneau.

Le fait que l’on retrouve des œuvres populaires rend le jeu plus immersif dans le sens où ça fera toujours plaisir de s’exclamer « hey, les développeurs parlent et aiment aussi Le Seigneur des anneaux ! ». C’est con, mais le jeu gagne en sympathie, même s’il n’en avait pas besoin tant son scénario est prenant et bien ficelé. Ce n’est d’ailleurs qu’à la fin que l’on connait les véritables aboutissements (à moins d’avoir fait le lien entre les différents indices qui nous sont donnés, la fin surprendra le joueur).

Bien souvent en rejouant je me suis fait le parallèle entre mon mmo préféré du moment et mon point’n’click chéri. On y note de nombreuses similitudes entre les deux : un monde caché connu par de rares privilégiés (Stark et Arcadia VS The Secret World), un mélange d’urban fantasy, de l’humour que l’on retrouve dans nos choix de réponses, un langage cru… Rien de très surprenant puisque le producteur et scénariste de The Longest Journey, Ragnar Tørnquist, a aussi œuvré pour TSW avant de fuguer (avec la bénédiction de son patron) pour créer sa boite et se concentrer pleinement sur Dreamfall : Chapters.

En parlant de langage, c’est marrant de constater à quel point je n’avais pas le même regard lorsque j’y ai joué pour la première fois de ma vie (soit une dizaine d’années à tout casser). Je n’avais jamais prêté attention au fait que le jeu cache de très nombreuses allusions sexuelles. À peine sortie de la chambre d’April que celle qui la crèche lui parle de ses ébats sexuels avec sa partenaire. Quelque pas plus loin, une fois arrivée à NewPort, qu’est-ce qui nous accueille ?

The longest journey

Ouaip, un sexshop. J’imagine que c’est pour mieux nous préparer à notre future virée dans des rues remplies de drogués, mafieux et autres fréquentations tout aussi fiables. Après coup, on ne devrait pas être surpris d’apprendre que Zack, le voisin d’en face, court après notre cul pour se le farcir et le jeter une fois consommé et avarié.

Funcom… Dès mon jeune âge, je ne le savais pas car trop pucelle innocente, mais j’étais vouée à t’aimer, toi, tes scénarios et énigmes dignes d’un masochiste accompli.

The Longest Journey (tout comme The Secret World) contient beaucoup, beaucoup de texte. Caractéristique phare du point’n’click, c’est quand même bien de le souligner, au cas où vous seriez pris d’une phobie bibliophile.

Le gameplay

Bon… à moins d’être con, bouché du cul ou les deux, vous avez du comprendre que The Longest Journey est un point’n’click dans la plus pure tradition du genre avec une interface simple et une prise en main rapide. En revanche, le jeu étant destiné à un public adulte, ne vous attendez pas à bénéficier d’une aide salvatrice sous forme d’indices qui finissent par vous donner la réponse si vous insistez, comme c’est le cas dans Les Chevaliers de Baphomet – La Malédiction du Serpent. Ici, si vous êtes perdu, vous ne devrez compter que sur trois choses :

– Le journal intime d’April Ryan, qui en plus de vous rappeler vos actions passées, présentes ou à venir (sans vous dire comment résoudre les énigmes ou les actions à accomplir pour avancer), vous renseigne sur l’état d’esprit et la personnalité de l’héroïne.

– Votre jugeote (en espérant que vous en êtes doté)

– Votre capacité d’analyse et d’observation (ou votre capacité à scroller visuellement tout l’écran).

Je pourrais aussi rajouter Google mais tricher, cay le mal.

Graphisme

The longest journey

Je ne l’ai pas précisé jusqu’ici hormis par de vagues sous-entendus mais le jeu est vieux. Très vieux. Sorti en 1999 sur PC, si on se replace dans le contexte de l’époque, il n’est pas si moche que ça. Bon, ok, il le devient si on le compare à Final Fantasy VIII et ses cinématiques à couper le souffle, mais franchement, il n’est pas SI immonde que ça. De ce que je me souviens, mes yeux ne me piquaient pas quand j’y jouais, j’étais trop plongée dans l’histoire pour vraiment m’en soucier (remarquez, à côté de Lionheart : Legacy of the crusader sorti pourtant en 2003, le graphisme est tout de suite de toute beauté).

Alors oui, comme beaucoup de vieux jeu il a très mal vieilli et l’héroïne se transforme rapidement en morue cancéreuse (la faute à des cheveux qui donnent l’impression d’être une touffe de moumoute très mal placée, la laissant chauve si l’on regarde bien la superposition entre son crâne, et ce qui est censé être sa chevelure).

Bande-son

S’il y a quelque chose qui me plait énormément chez Funcom, c’est que sur les deux jeux que j’ai pu tester d’eux, ils ne déconnent pas avec le doublage, la musique et le bruitage. Certes, je n’écouterais pas les musiques de The Longest Journey en boucle (contrairement à certaines dans The Secret World), mais elles font partie intégrante du jeu et pour rien au monde je ne mettrais à la place ma propre playlist. La bande-son contribue fortement à l’immersion et c’est souvent dans ces cas-là que l’on sait si le pari audiovisuel est réussi ou non.

Conclusion

Vous l’aurez deviné, à mes yeux The Longest Journey est LE jeu point’n’click à avoir, bien avant Sybéria ou Broken Sword  aka Les Chevaliers de Baphomet (qui sont pourtant de très bons jeux). Funcom a pris ici plusieurs risques qui sont appréciables comme le fait de choisir une femme pour héroïne (à l’heure où la plupart des développeurs préfèrent privilégier les hommes car plus vendeurs, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y a 15 ans, Funcom a gentiment envoyé chier ce précepte fumeux), le scénario n’hésite pas à parler du sexisme et l’envoyer poutrer royalement (si, si, et pourtant ça n’enlève rien au charme du jeu, au contraire !), l’homosexualité y est traitée de façon ouverte tout comme la sexualité en générale et … le langage n’est pas forcément tendre mais fidèle et en phase avec l’univers qu’ils ont voulu instaurer. J’ai fini par arrêter de comptabiliser le nombre de « salope » ou « garce » reçu car j’avais tendance à me comporter comme une chieuse (ou pas). Si vous êtes à la recherche d’un jeu au scénario élaboré, long, prenant et que la lecture ne vous fait pas peur, alors foncez, vous ne le regretterez pas.

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