Réussir ses études malgré un Bac Pro

Pôle emploi

Je sais, le titre est un peu violent (un peu comme un coup de rein mal placé), mais il fait directement référence à ce que l’on entend systématiquement lorsque l’on parle du Bac Professionnel (ou Bac pour les teubés qui ne réussiront pas). A l’origine, lorsque j’étais jeune, naïve, insouciante et à peu près sociable (soit, avant mon entrée au lycée), je me prédestinais à un avenir avec les littéraires, principalement motivée par mon amour pour la lecture, l’écriture et une envie de travailler dans la rédaction (à l’époque, le métier de secrétaire de rédaction me faisait méchamment tripper, mais c’était avant de connaitre les joies du Community Management, du SEO, et d’internet).

C’était sans compter les voix impénétrables de mon institut scolaire qui ne voyait pas d’un très bon œil mes envies qu’il estimait en dehors de ma portée, et s’est dit que m’envoyer me faire foutre bouler voir le monde du travail de plus près en passant par un Bac Pro ne me ferait pas de mal. Soit. Me voici donc après ma troisième au collège et une seconde prépa dès plus chaotiques, en cours pour passer un BEP Vente (je vous passe l’épisode où j’ai dû choisir ma filière, aidé par des discours comme « Secrétaire ? Ils embauchent pas de maghrébines, et ils préfèrent prendre des nanas qui prennent soin de leur apparence » et autres joyeusetés en tout genre) (non, j’étais pas crado mais mon style ne correspondait pas aux clichés).

Seule la vente trouve plus ou moins grâce à mes yeux (j’étais déçue de moi-même, je n’avais pas vraiment confiance en mes capacités et je voyais mon avenir foutu sans ce putain de Bac Général). C’était la seule filière où j’avais selon mon entourage des chances de m’en sortir sans finir par la case Chômage à durée indéterminée.

i am nothing

Voici en quoi se résumait dans ma tête mon avenir. Je puais l’optimisme.

Ma rentrée en BEP Vente se passe correctement, mais passé un mois, je déchante. Ce n’est pas le grand amour avec ma classe, je m’ennuie profondément, l’apprentissage des cours est trop lent (à mes yeux) et j’en arrive au point de lire le 20 minutes pour me distraire, pendant que mes camarades s’appliquent sur leurs exercices. Alors que j’avais des notes excellentes lors des contrôles, je passe rapidement de 18/20 à 08/20, n’ayant plus envie de m’impliquer tant je m’ennuie. Par chance, ma professeur principale le remarque et décide de rencontrer ma mère afin (je l’ignorais à ce moment) de me faire changer de classe et rejoindre des élèves passant ce diplôme en un an. Ma mère accepte et ma nouvelle rentrée se fait dans le mois qui suit, juste après les premières vacances scolaires.

Si effectivement je préfère cette vitesse d’enseignement, mon intégration ne se fait pas dans la bonne humeur, n’arrivant pas à m’entendre avec le reste de la classe. Je l’ignorais peut être à cette époque, mais je vivrais ce que l’on appelle désormais un « harcèlement scolaire ». Pas « méchant » (pas de violence physique à constater si ce n’est moi giflant à deux reprises un camarade m’ayant foutu une peur panique en public), mais suffisamment blessant pour que je refuse catégoriquement d’aller en cours tous les jours, encourageant sans le vouloir mes professeurs et chers camarades à croire que jamais je n’obtiendrais ce diplôme.

ecco le dauphin

Attention, ce passage a été sponsorisé par Caliméro.

Le jour J, après moûltes aventures (que je me ferais une joie de vous conter dans un autre article) (ou pas), je passe les examens et les réussis, contredisant ce que beaucoup pensaient alors. Ne pouvant rester dans mon établissement suites à mes absences répétées et mes retards, je ne peux continuer avec eux mon cursus. Au final, cela ne m’aura pas desservi, bien au contraire : cette année aura dans un sens forgée mon caractère, aussi bien en mal, qu’en bien.

Ayant 16 ans, le système scolaire n’est plus obligé de m’accepter et je me retrouve sans lycée pour ma rentrée. Ça sera une énorme déception et une confirmation de ce que je pensais alors : encore ado, mais ma vie était déjà ratée. Comment me rattraper quand personne ne voulait de moi ? Pire, mon année avait été chaotique d’un point de vue social et même si j’avais des ami(e)s en dehors de mon ancien lycée, cela m’avait profondément marquée pour que j’appréhende de rencontrer de nouvelles personnes. Je me souviens avoir extrêmement mal vécu la rentrée des classes en voyant les autres élèves aller en cours, et moi emmenant ma petite sœur à son école. L’horreur.

violons

Oui, on peut les sortir à ce stade-là de ma vie.

Je finis par passer plusieurs mois chez moi, déprimée, à glander sur le net en me disant que je ne pouvais pas rester sans rien faire (en dehors de rencontrer ce qui sera mon meilleur ami et futur témoin de mariage) (pour votre information, c’est à cette période que j’ai connu Lord of the dance et Banal Fantasy). Après plusieurs conversions avec ma mère, je lui révèle qu’étant dans un cursus orienté dans la vente, j’aimerais que cela me sois utile en ouvrant ma propre boutique, axée multimédia (autant que mes études servent à rentabiliser ma passion).

Aidée par ma conseillère à la Mission Locale de mon quartier, je m’inscris pour passer une formation dans la vente avec à la clé : une certification et surtout, la possibilité de passer mon Bac en un an. Je vois là une occasion rêvée de rattraper l’année que j’ai perdue et passe sans encombre ces étapes, de même que le diplôme que j’obtiendrais avec mention.

Beaucoup de mes camarades préfèrent arrêter là leurs études pour aller directement sur le marché de la galère l’emploi, tout comme ma meilleure amie de l’époque. Je préfère pour ma part continuer, ne comprenant tout simplement pas sa décision, celle-ci ayant largement les capacités pour avoir un niveau Bac +2 minimum.

Jusqu’ici, seuls mon entourage et moi-même avions une image aussi négative de la filière professionnelle. Moi pour l’avoir fréquenté, mes proches pour avoir des préjugés dessus, infondés ou non. Je n’ai pas spécialement ressenti cela en cours, puisque la plupart de mes professeurs nous encourageaient à continuer nos études, notamment en optant pour un BTS MUC ou NRC, suite logique du Bac Professionnel spécialité Commerce (et Vente).

Il y avait donc une différence énorme entre le discours tenu par mon entourage personnel et scolaire. Pourquoi ? C’est simple.

La filière générale est glorifiée car l’enseignement y est bien plus soutenu, contrairement à la filière pro où certes nous avons le français, l’histoire-géographie, les mathématiques et l’anglais, mais est surtout axée sur des cours qui nous rendront apte à appréhender le milieu du travail (gestion, vente, marketing, communication…). De même, les stages y sont plus fréquents (et parfois sur une plus longue durée). Bien souvent, il est perçu comme un avantage que n’a pas la filière « concurrente ».

Avoir un Bac Général, c’est donc avoir plus de facilité pour continuer de longues études, alors que dans une autre branche… Ça sera plus compliqué, ayant moins d’heures d’enseignement des matières dites générales et surtout : aucun suivi d’apprentissage de la LV2, de même que des cours axés sur la logique rédactionnelle.

C’est lorsque je me suis inscrite pour passer un BTS MUC que je me suis rendue compte de cette différence, sans forcément le prendre au sérieux. Sur les 24 élèves que nous étions, j’étais tout simplement la seule à sortir d’une filière « non-prestigieuse ». Tous venaient d’un Bac ES, S, L voir Technologique.

Ceci est un gang bang

Moi dans ma nouvelle classe, même si ça ressemble plutôt à un gang bang.

Si la première année je n’en branlais pas une (comme à mes habitudes, ceci étant une activité dans laquelle je me suis spécialisée), je me suis activée l’année suivante pour obtenir mon diplôme, là encore à ma grande surprise (non pas que je ne croyais pas en moi, mais j’avais tellement merdé ma première année et la directrice des BTS me rabâchait tellement que j’avais une chance sur deux de me planter que bon…).

De plus, lors de mon apprentissage à Orange, mon supérieur ne m’avait pas aidé, refusant catégoriquement que je contacte qui que ce soit au sein de la boite ayant un rapport avec les projets que je souhaitais présenter pour mes oraux, préférant me laisser je cite « carte blanche pour inventer tous les projets que tu souhaiterais mener dans la boutique, de A à Z ». Sympa… Bon, je me suis certes démerdée pour y arriver et avoir une base correcte à présenter, mais on ne peut pas dire qu’il m’aura été utile… Malgré le stress supplémentaire que ça a engendré, j’en ai malgré tout gardé un bon souvenir, trouvant du plaisir dans ce que je faisais.

Après l’obtention du BTS MUC, je réalise que j’ai changé d’avis sur mon futur professionnel. Ouvrir une boutique c’est cool, mais ce n’est pas facile, et je ne souhaite pas m’endetter aussi tôt et vite dans la vie, d’autant plus que la concurrence est ÉNORME (internet, les boutiques existantes…). Si j’aime d’amour le management et la gestion d’une équipe, je découvre aussi que j’aimerais par-dessus tout le lier à ma passion insatiable pour les technologies et donc dans l’idéal, gérer des communautés quelles qu’elles soient au sein d’une entreprise ou d’un jeu vidéo.

Je décide de postuler auprès d’entreprises mais je ne me prends que des râteaux, n’ayant ni l’expérience, ni le diplôme correspondant à ce que je souhaite. Ni une, ni deux, je m’inscris pour une licence, tandis qu’en parallèle, la moitié de ma promo arrête là ces études, pendant que l’autre moitié poursuit sur une licence orientée vers les banques, ce diplôme ayant été vendu à maintes reprises pendant nos deux ans (« vous comprenez, vous les BTS MUC, vous êtes avantagés auprès des banques car vous avez la fibre commerciale, donc vous saurez vendre les produits de votre banque, tout en gérant le portefeuille de vos clients »).

Arrivée en licence Information Communication spécialisée dans les Ressources et Logiciels Libres, j’effectue un stage et me fais de nouvelles amies. Ma barre d’expérience d’un point de vue social semble correcte depuis trois ans, et mon stage confirme mes intentions : je veux gérer et animer des communautés.

Le chemin est rude, j’en suis consciente, mais je souhaite relever le défi quand même. Ne souhaitant pas délaisser la rédaction, je me dis qu’après avoir pendant de nombreuses années persécuté des personnages de fictions (merci Rowling), ça serait bien d’avoir mon coin à moi, là où je pourrais caser mes délires et parler de ce que je veux avec le ton que je veux.

Je m’accorde donc un mois de vacances après l’obtention de mon diplôme pour m’atteler à la tâche avant de chercher un job. L’accouchement de Gameuze.fr se fait un peu dans la douleur, et sans péridurale mais globalement, le plus gros est fait. A moi de le congeler nourrir, tout en envoyant des candidatures aux boites qui me plaisent.

Cela s’est révélé payant puisque je trouve très rapidement l’homme de ma vie un job dans une boite geek et branchée en tant que rédactrice. Je m’y plais, mais ce n’est pas ce que je souhaite sur le long terme, les tâches étant rébarbatives et tout sauf enrichissantes. Je savais à quoi m’y tenir, tout comme je savais que je refuserais de renouveler mon CDD d’un an pour un CDI.

Une conversation avec un ami mon homme (connu dans cette boite) sur mon parcours me fait réaliser quelque chose : ceux qui continuent leurs études après un Bac Pro, dans un cursus qui n’est pas le leur, sont rares et ceux qui s’en sortent bien le sont encore plus.

Je me souviens que lors de cette discussion j’étais motivée pour le contredire, ne me trouvant en aucun cas spéciale ou unique (ce qui est toujours le cas à l’heure actuelle, mes chevilles n’ayant pas explosé avec les 2000 personnes aimant ma page Facebook, et donc mes conneries). Il n’en démordra pas, et moi non plus. Après des recherches auprès de notre parrain à tous, Google, il en ressort que sur le faible pourcentage qui continue leurs études, effectivement, trop peu s’en sortent.

Se sont-ils mal orientés ? Avaient-ils en parallèle des problèmes personnels à gérer ? Je n’en sais rien, et je ne peux y répondre à leur place, ne parlant qu’en mon nom. En revanche, et ça me fait chier de l’avouer mais il a raison. Que l’on soit bien d’accord : je ne me considère pas comme unique, simplement, je constate que peu décident de viser loin et ayant fait cette filière, je trouve cela dommage, tout comme je trouve regrettable que cette filière soit mal vu. Passer un Bac Pro n’est pas synonyme d’échec, on peut réussir, il suffit comme pour tout dans le vie de s’en donner les moyens.

Sortir d’un Bac Pro ne devrait empêcher personne de poursuivre ses études. Alors certes, il faut se casser le cul, bosser et rester motivé, mais cela reste dans le domaine du réalisable et non du fantasme.

Pour conclure cet article un peu trop focalisé sur ma personne (à mon grand déplaisir), j’ai fini par m’inscrire en Master, toujours en Information & Communication, dans le but de décrocher ce foutu job de mes deux rêves.

Sur ce, je vous laisse, ma couette m’appelle.

Bye gif

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  • magicvic

    Je plussoie ton article. J’ai 2 bacs : un littéraire et un bac pro dans le domaine du bâtiment. L’écart entre les 2 filières est… énorme.
    Bac L, pas motivée, obtenu à l’arrache mention passable. Bac pro TBEE, un peu plus motivée, pas besoin de revalider les matières générales sauf maths et physique, mention très bien.
    Après le bac L, il fallait aller à l’université, alors j’y ai été mais quand on ne sait pas ce que l’on veut y faire… En terminale TBEE, certains élèves étaient orientés vers un BTS bâtiment, suite logique pour les meilleurs. Moi j’avais déjà un boulot et un CDI signé à la suite de mon contrat de professionnalisation. A l’époque j’aurais bien continué, mais là je suis un peu dégoûtée par le bâtiment en général, du coup je ne regrette pas plus que ça de m’être arrêtée. J’ai 34 ans et je cherche encore ce que je ferai quand je serai « grande » ^^
    Bon courage pour ton master 🙂