Raymond Robinson aka Charlie No Face

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Il y a quelques années maintenant, je vous ai parlé du cas d’Edward Mordrake, l’homme aux deux visages (littéralement). Ce genre d’histoire étrange me fascine, c’est donc logique que je revienne sur un autre cas, similaire uniquement sur le fond.

J’espère que vous êtes prêts mes kikis (oui, kikis et couillons sont vos surnoms officiels), c’est ti-par avec Raymond Robinson, autrement connu comme  Green Man et Charlie No Face.

Raymond Robinson, à l’origine de la légende urbaine

Né en 1910, Raymond était un habitant du comté de Beaver, en Pennsylvanie, Etats-Unis. Les faits se sont déroulés le 18 juin 1919, alors qu’il était âgé de neuf ans (j’ai un master en mathématique, oui).

Accompagné d’amis pour aller se baigner, ils s’arrêtèrent en chemin alors qu’ils traversaient un pont (Morado Bridge), qui enjambait Wallace Run, à l’extérieur de Beaver Falls. Ces derniers souhaitaient voir de plus près un nid d’oiseau situé sur un poteau rose électrique, et s’il était habité (spoiler alert : on le saura jamais).

Train qui traverse Beaver Falls - Raymond Robinson

A l’époque, ce pont, aujourd’hui disparu, soutenait différents poteaux et câble électriques, transportant 22 000 volts d’électricité (bien que certains parlent de 1 200 volts. Ouais, j’avoue que la fourchette est plutôt large).

Ses amis refusèrent de prendre le risque d’y monter, ayant encore en tête un accident survenu quelques mois plus tôt. Un autre enfant, Robert Littell avait connu une mort aussi atroce que subite en touchant les câbles électriques.

Raymond, peut être animé par l’envie d’épater ses amis, et surtout, inconscient des risques qu’il prenait, décida de l’escalader. Alors qu’il montait sur le chevalet, il glissa et tomba, son visage et le haut de son corps touchant les câbles électrique.

L’explosion qui s’ensuivit fut suffisamment puissante pour le laisser défiguré à vie : il perdit ses yeux, son nez, une oreille et un bras (celui-ci ayant brûlé de la main jusqu’au coude). Son torse fut également très marqué par cet accident. Malgré la gravité de ses séquelles, contre toute attente, il survécut.

Il passa un temps considérable à l’hôpital mais malgré de nombreuses chirurgies réparatrices, qui consistaient surtout à coudre des lambeaux de peau à travers les trous béants où se trouvaient ses yeux et son nez, on ne peut pas dire qu’elles améliorèrent son cas.

Raymond Robinson (Green_Man)

Inutile de vous dire qu’après ça, sa vie a été bouleversée à tout jamais. Sans compter le traumatisme de perdre la vue, l’odorat et un membre, il abandonna toute vie sociale et réduisit ses sorties journalières, fortement handicapé par son apparence hideuse (sans vouloir bitcher mais si déjà, de nos jours, ça foutrait la trouille à n’importe qui de tomber sur lui, imaginez-vous dans les années 1900. La tolérance, c’était pas vraiment leur point fort, tant dans la vie réelle que fictive, en témoigne les traces télévisuelles de l’époque).

Cependant, afin de ne pas rester cloitré chez lui H24 (et empirer son état psychologique), Robinson prit l’habitude de faire des sorties nocturnes, d’abord à l’abri dans les bois isolés derrière la maison familiale, puis sur un tronçon tranquille de Pennsylvania Route 351, aidé d’un bâton de marche.

Certains habitants, peut être en manque de « sensations fortes », se réunissaient régulièrement dans l’espoir de tomber sur lui lors de ses sorties.

Un témoin local a témoigné à l’époque :

« Les vendredis soirs, surtout après les matchs de football, c’était un défilé de voitures qui partaient. Il y a eu des fois où il y avait des policiers là-bas à cause de la circulation ».

Ces derniers, afin de faire fuir les amateurs de voyeurisme, menaçaient d’amendes quiconque n’ayant rien de mieux à faire que de stationner sur la route, et donc, le chemin emprunté par Raymond.

Robinson, du fait de sa triste notoriété locale, avait pour coutume de se cacher d’eux, bien qu’il lui arrivait, lorsque l’envie lui prenait, de discuter avec des adolescents, journalistes et photographes, en échange de bières et cigarettes.

Quelques-unes de ces rencontres étaient animées d’une envie sincère et amicale, et d’autres forcément, cruelles, dont le seul but était de se moquer, l’humilier et se sentir plus important après coup.

Toute cette agitation avait tendance à agacer sa famille pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ils n’acceptaient et ne comprenaient que très peu l’engouement suscité par Raymond. Ils détestaient également que des voisins le récompensent avec de l’alcool en échange de quelques mots (et photos).

Raymond Robinson aka Charlie No Face

En effet, il lui arrivait de se saouler et de perdre son chemin. Sa famille, inquiète, le trouva une première fois étendu sur le bord de la route. Une seconde fois, après avoir passé la nuit dans les bois, elle le retrouva alors qu’il rampait au bord de la route, suivant les bruits de la circulation pour se guider.

Une fois encore, ses proches le retrouvèrent recroquevillé dans un champ de ferme, et à plusieurs reprises lors de ses balades nocturnes, Raymond fut renversé par des voitures, augmentant par la même occasion, l’inquiétude de son entourage.

Un propriétaire de carnaval à Kopell probablement animé par un acte de charité, cru bon de proposer à sa famille de l’acheter, afin qu’il puisse bénévolement, et en échange de quelques billets, l’exposer aux yeux de tous en tant que bête de foire. La famille Robinson l’envoya gentiment mais fermement chier.

Tout cela n’empêcha pas Raymond de continuer de s’évader à des heures tardives, probablement en quête de liberté.

Devant bien occuper ses journées, et pour subvenir à ses besoins, celles-ci étaient principalement consacrer à aider ses parents, chez qui il vécut jusqu’à l’âge adulte, en confectionnant des articles de maroquineries (portefeuilles, ceintures…) et paillassons, destinés à la vente.

Ce n’est que vers la fin de sa vie qu’il cessa l’ensemble de ces activités et balades, pour se retirer dans une maison de repos à Beaver, où il décéda le 11 juin 1985 de causes naturelles, à l’âge de 74 ans. Oui, il vécut longtemps le bougre.

Raymond Robinson est enterré dans le cimetière de Grandview, surplombant l’emplacement du vieux pont du tramway Wallace Run, près de l’endroit où il s’électrocuta. Robert Littel, le garçon qui connut une mort tragique neuf mois plus tôt, y repose également.

Charlie No Face et Green Man

Si je vous parle de légendes urbaines et mythes, c’est bien parce que Robinson Raymond en devint une bien malgré lui. Au fils des années, les habitants transmirent son histoire à leurs enfants et petits-enfants et un peu comme le téléphone arabe, celle-ci s’éloigna de la réalité.

La version qui revient le plus souvent et probablement celle du « Green Man », un enfant qui se terra dans une maison abandonnée après son accident. Quel rapport avec la couleur verte ? On y vient mes kikis, on y vient.

On prétend que suite à cet accident, sa peau fondue aurait pris une teinte verdâtre. J’invente rien, la légende veut qu’il se soit transformé en Hulk, la force en moins, la laideur en plus.

D’autres histoires, plus farfelues, parlent de fantômes hantant les lieux, notamment un ancien tunnel routier, appelé le … Green Man Tunnel, prétendument hanté.

Quant à son surnom « Charlie No-Face », je pense que vous avez tous compris à quoi il faisait référence… Non ?

Que reste-t-il de Raymond Robinson ?

De nos jours, son histoire perdure et sa véritable identité n’a pas été oubliée, bien au contraire, puisque fortement attachée à l’histoire de Charlie No Face (si on prend la peine de s’y intéresser et d’en savoir plus).

En dehors de l’aspect très creepy de sa vie, s’il faut retenir une chose, c’est bien sa force de caractère pour avoir accepté et supporté de vivre une vie comme la sienne.

Ray Robinson

Je ne sais pas s’il était heureux mais j’imagine que ces balades et brèves rencontres avec des jeunes souhaitant le rencontrer, ont pu, d’une certaine façon, contribuer à avoir l’impression d’avoir une vie « normale ». Alors oui, ces derniers le « récompensaient » avec de l’alcool mais je préfère me dire que ça lui permettait de tailler un brin de causette avec d’autres personnes que sa famille.

Sur ce, je vous dis très vite. D’autres histoires méritent mon attention. Avec un peu de chance, peut-être qu’elles finiront aussi sur Gameuze, allez savoir ?

Bien évidemment, si vous êtes « fans » ou connaissez des légendes urbaines tirés de faits réelles, je suis toutes ouïe.

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