Money Shot de Christa Faust

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En quatre ans de blogging (et presque autant en branlette intellectuelle), je me suis rendue compte que je n’avais jamais écrit sur des sujets qui m’agaçaient. Ok, en dehors de l’arnaque du siècle made in Birchbox, je n’ai jamais vraiment pris le temps de rédiger un article sur un jeu, livre ou film m’ayant déçue. Pourquoi ? Par paresse (ma spécialité) et aussi parce que j’avais très envie d’oublier la daube que je m’étais infligée et passer à autre chose.

Sauf que là, je suis en vacance. Loin de William Le Sanguinaire (c’est le nom de ma tour PC, oui. Les fans de Buffy contre les vampires comprendront) et donc loin de mon activité du moment, à savoir torcher Dishonored premier du nom sur pc, recommencer la saga Kingdom’s Hearts sur PS4 et continuer à mon rythme Pokemon Lune. J’aurais dû vous parler de Fire Emblem Fates mais après avoir terminé deux des trois scénarios prévus, autant vous dire que j’ai comme qui dirait fait une overdose du jeu. Mais bon… Ça reste dans un coin de ma tête, comme l’article sur mon jeu de l’année 2016 (rédaction toujours prévue pour 2018).

Bref, tout ça pour dire que consacrer mon temps à un bouquin qui m’a vendu du rêve avant de le piétiner (mon rêve) sur 238 pages et bien… C’est faisable. Techniquement, je pourrais me consoler sur un autre livre non entamé ou poursuivre ma maltraitance pokemonienne mais… Merde, j’ai envie de bitcher et ça tombe bien, je suis d’humeur. J’espère que vous êtes prêts, spoilers monstrueux en vue.

Résumé – Money Shot de Christa Faust

« Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne. J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit. Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher. Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissé tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole. »

Money Shot est un one shot de Christa Faust (malheureusement pas le premier et encore moins le dernier, madame étant scénariste et écrivain à temps plein), édité le 02/06/2016. Si on se fie à sa maison d’édition GALLMEISTER spécialisée entre autres dans la parution de romans noir, on pourrait penser tenir un livre potentiellement bien marrant. Surtout si, comme moi, vous les connaissez pour vous être déjà torchée deux bouquins de Benjamin Whitmer (Cry Father et Pike).

Deux livres sympathiques qui m’auront laissé un goût… Mmmh mitigé. C’était glauque à en mourir mais peut être trop à mon goût. Je veux dire par là que j’aime les romans noirs mais j’aime aussi l’humour noir. Si en plus il est bien dosé, c’est d’autant plus plaisant à savourer. En témoigne mon amour pour Bourbon Kid et son auteur Anonyme depuis cinq ans maintenant.

L'effet Bourbon Kid

L’effet Bourbon Kid.

Ces deux lectures m’ont incitée à faire une troisième excursion chez eux, avec un livre dont la quatrième de couverture me promettait de bons moments. Un livre cash, allant droit au but, à savoir : du cul, de la violence et de la vulgarité, le tout servi à travers une intrigue tenant potentiellement la route. Un livre qui aurait pu plaire aux pontes d’HBO quoi.

Dans le cas présent, l’héroïne est une ex-actice porno reconvertie en maquerelle (bon, en patronne d’agence d’actrices porno. Ne chipotons pas sur les mots). Une artiste passée la quarantaine mais ayant envie de se refaire un coup avec un pseudo James Deen. Pourquoi pas.

Forcément, un élément déclencheur vient perturber son plan cul et Gina aka Angel Dare (on va l’appeler par son petit prénom hein, à partir du moment où on est tout supposé connaitre de son anatomie….) se retrouve ligotée et enfermée à l’arrière d’une voiture. Kidnapping en bonne et due forme donc, un classique.

C’est con parce que jusque-là, même si je commençais à comprendre que ça ne serait pas mon livre de l’année, j’espérais malgré tout que les prochains chapitres seraient plus bandants que les premiers.

Que nenni mes amis. La suite est pire.

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En fait, plusieurs choses m’ont agacée avec ce bouquin. Tout d’abord, le POV (je sais que vous savez que je sais), ou si vous préférez le fait que l’histoire soit rédigée à la première personne du singulier. Si le but en utilisant ce style est d’instaurer une plus grande proximité avec le lecteur et faire en sorte qu’il soit plus proche et en compassion avec l’héroïne, c’est complètement raté. Deux raisons :

1 : A mon sens, ce style a (sauf de très rares exception, comme, sur un court temps, Le jeu des 7 familles d’Anne Fine) pour effet contraire de tout, sauf m’inciter à me sentir en phase avec le héros.

D’abord, ça enlève le sentiment (con) d’insécurité qu’on puisse craindre pour la vie de Gina. Comme elle est l’auteure de ces lignes, il y a peu de chances pour qu’elle crève en cours de route.

Ensuite, un livre utilisant ce type de pronom personnel sujet et bien… C’est rarement bien écrit car l’écrivain a tendance à virer dans l’excès. J’ai rencontré la même problématique lorsque plus jeune, je voulus découvrir la saga d’Anita Black de Laurell K. Hamilton. A noter que la situation devient vite ironique quand on connait le sens du titre de son livre « Money Shot ».

Inutile de Googler bande de feignasse, je me charge de vous instruire : scène dans laquelle un acteur porno éjacule. La rémunération étant étroitement liée au suicide collectif de sa descendance, elle a donné son nom à cet instant qui désigne par la même occasion, l’échange marchand entre le producteur et l’acteur. Par extension, le money shot indique, dans l’industrie du porno : 1/ le point culminant et la fin de l’action dramatique du film ; 2/ le point de convergence entre la fiction construire par le film et l’excitation qui en découle chez le spectateur.

Très pompeuse et sérieuse ma formulation, oui. Pour faire simple, un money shot symbolise la limite où votre relation avec le personnage de fiction tend à devenir une relation avec l’acteur. Si avec ça vous n’avez toujours pas compris de quoi je parle démerdez-vous, je ne peux rien faire pour vous (mais continuez votre lecture, merci, bisou).

2 : L’absence de crédibilité. Comme si, Christa Faust voulait nous faire croire qu’on lit vraiment les aventures débridées d’une ex porn star. Sérieusement, à quel moment elle espère nous convaincre ? Ou alors elle prend son lecteur pour un con, c’est possible.

L’avantage d’avoir lu ce bouquin, c’est que ça m’a rappelé une chose que je n’aurais jamais du oublier : ce genre de roman n’est pas fait pour moi. Je m’exaspère trop vite.

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Ensuite, autre point qui fâche, la vitesse à laquelle se passe l’action. Gina est blessée et plutôt bien amochée par 4 balles tirées à bout portant. Alors certes, elle a douillé sa mère (j’imagine) lorsqu’il a bien fallu les lui retirer sans anesthésiant pourtant, ça ne l’a pas empêchée de péter la forme le lendemain matin. Je vous parle pas des bleus qui l’arrangent les premiers jours et s’estompent en un temps record et sans l’aide de make-up. Foutage de gueule que je vous dis. Petite remarque, je serais surprise qu’une femme dans la même situation, ayant échappé de peu à la mort après un petit viol de courtoisie, soit suffisamment en grande forme pour déprimer car elle a temporairement perdu son ex-gagne-pain plutôt que de faire une crise de panique (ou autre) pour les raisons précédemment citées. Je sais pas, on doit pas avoir le même sens des priorités j’imagine.

Si seulement ça s’arrêtait là, non, ça serait trop beau.

L’autre sujet qui fâche c’est… Bon, je vous préviens, c’est moche mais c’est le scénario. En dehors du style de Christa Faust que je n’apprécie pas du tout (on est libre d’aimer ou non sa plume) mais putain, CA, ça, je pardonne pas. Sérieusement, je veux bien passer outre un style d’écriture, syntaxe et vocabulaire plus que moyen mais l’absence de cohérence, crédibilité ou même de surprise dans l’histoire… Juste, non.

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Là, vous avez droit à tous les clichés possibles, de préférence les pires :

  • Son BFF meurt de façon moche. On pleure un coup et on passe à autre chose. 20 ans d’amitié, ça s’oublie aussi vite qu’on oublie son tampon usagé.
  • Tenez-vous bien, elle nous explique qu’elle était la salope du quartier (oui oui c’est elle qui le dit) et que du coup autant devenir Porn Star histoire de transformer sa passion en gagne-pain. (Le père violant et la mère absente aidant probablement à trouver sa voie professionnelle. C’est comme dans les émissions de télé-réalité type Babyboom, on a toujours droit à une séquence bien pathos alors qu’on avait rien demandé à la base).
  • Elle perd une autre amie proche dont, nous lecteur, nous foutons complètement parce qu’indigne de notre intérêt. Faut bien que des « gentils » meurent non ? Considérez sa pote comme le noir de service dans un film policier, de guerre ou d’horreur. Un film tout court en fait. Ça doit être une directive tacite des scénaristes j’imagine.
  • On a un physique de bombasse et les balles et bleus n’y changeront rien, tout comme se tondre le crâne. La vie est dure, oui.
  • Ce même physique ne laissera pas indifférent Malloy, ex-flic de son état devenu gardien de porn star en devenir (chez Daring Angels, l’agence de Gina)
  • Ce même flic baraqué et viril n’échappe pas aux clichés qui voudraient qu’il soit vieux, divorcé et père d’une fille qu’il ne connait pas vraiment, licencié pour des histoires crasseuses et que je vais me faire un plaisir de vous dévoiler : il n’a pas kiffé son divorce et encore moins la mort de la prostituée qu’il se tapait, des mains d’un autre client mais ayant des contacts suffisamment bien placés pour être blanchi. Du coup il l’a buté. Radical.

En plus d’être vieux, son visage est impénétrable et il sauve (lui, pas son visage) Gina a de nombreuses reprises. Suffisamment pour qu’on ait droit à une romance à deux balles suivie d’une baise éclair à deux balles. Bah oui, on allait quand même pas éviter le cliché de la nana qui se tape son sauveur car ses ovaires ont pris possession de son corps, si ? Et malgré son passé de flic, il n’a pas eu la présence d’esprit de consulter le téléphone portable d’un mec impliqué dans l’affaire. Nope. Sa queue ayant pris le dessus alors que Faust s’évertuait à le présenter comme un homme presque pieux, contre la pornographie (oui on parle bien du type qui se tapait une pute et qui a commis un meurtre pour elle) et au charme si mystérieux. Ouh là, là, là, quel homme, j’en suis toute retournée ! Tu sens que Christa Faust a bouffé trop de clichés sur les flics. Ceci dit, bosser dans le milieu du porno ne l’aura pas non plus aidé à nous livrer une vision réaliste du milieu.

  • Gina, plutôt que de sauver son cul, décide sur un coup de tête qu’elle a terminé de se la jouer vengeance façon Kill Bill et revêt sa cape de Wonder Woman pour sauver les nécessiteux du coin. Faut pas déconner, Faust n’allait pas nous laisser en plan avec une fin type « j’ai de la thune issu d’un trafic humain, je me casse, allez ciao les nazes ! », nope. A la place de ça, on a droit à une Gina qui se rachète une conscience en sauvant des Roumaines (certaines mineures sinon c’est pas drôle) d’un réseau de proxénètes pour ensuite se laisser emmener par les flics, arrivés miraculeusement sur les lieux en un temps record.

Ca fait pas mal de points négatifs l’air de rien. Et encore, je vous ai évité le paragraphe où selon Gina, aucune relation stable n’est possible dès lors que selon elle, la femme dans la majorité des cas, éduque sagement ses enfants pendant que son mari trime et dilapide son salaire en la cocufiant quotidiennement (j’espère au moins pour elle qu’elle est chanceuse).

Dans les années 60, ça aurait pu être crédible comme choix de vie mais plus maintenant. Du coup, on est juste exaspéré de lire qu’il n’existe que deux types de vie possible selon Gina : une vie rangée mais où le mari est un queutard invétéré ou bien une vie à être la femme sur laquelle se vide le fameux mari queutard.

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Le pire, c’est qu’on sent que Christa Faust a essayé de faire de son mieux, en proposant un scénario audacieux. Sauf que c’est raté. Les personnages ne sont pas attachants, l’histoire ne tient pas la route et devient prévisible. De même pour les dialogues et pensées des personnages. Comme je l’ai expliqué dans mon laïus sur les origines d’HBO, aka, la chaine des premières fois, le langage familier permet de rendre des scènes plus crédibles.

Dans le cas présent… Et bien c’est encore raté. On a la sensation désagréable que le ton est forcé et que l’auteure n’est pas allée loin dans son audace. Ecrire « pute », « chatte » ou même allez, soyons fou, « fils de pute » ne rendra pas le livre de meilleure qualité, loin de là. La vulgarité, c’est tout un art, art maitrisé par Anonyme qui aura su y mêler action, suspense, humour noir, vulgarité, bain de sang et intrigues passionnantes. Pari que n’aura pas réussi à relever Christa Faust et c’est bien dommage. J’y ai perdu mon après-midi mais vous avez gagné un article.

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