La Capoeira

La Capoeira, ou « le sport où tu as constamment le cul entre deux chaises », dixit un ami quand je lui ai annoncé mon inscription à un cours d’art martial. J’aurais bien été tentée de le contredire, mais il n’avait pas tout à fait tort non plus…

la capoeira

Définition de la capoeira

La capoeira, mélange de danse et de méthode de combat pourrait, selon une définition amérindienne, signifier « clairière » ou « herbe rase », éléments de la brousse dans laquelle se réfugiaient les esclaves en fuite. D’autres lui donnent des origines portugaises, traduction littérale désignant le poulailler et par extension, le panier en osier contenant les gallinacés que portaient les esclaves. M’est avis que la première définition me semble la plus plausible, ayant un peu de mal à les imaginer se livrer à leur jeux entre deux courses pour leurs maitres….

Les origines de la capoeira

Profondément lié au Brésil, ce sport puise ses origines sur le continent africain. Difficile d’être sûr de sa naissance quand on sait que les colons n’étaient pas très friands à l’idée de laisser leurs futurs esclaves emmener des souvenirs (excepté leur propre personne, qui pouvait se révéler pratique avec un peu d’entrainement et quelques coups de fouet pour leur faire accepter leur nouveau statut de conchita). Résultat, comme les esclaves ne pouvaient garder aucun objet en rapport avec leur pays d’origine, il n’existe aucune preuve certifiant clairement des origines de la Capoeira.

Est-elle née d’un esclave voulant éviter les coups de fouet de son maitre ? Etait-ce une façon comme une autre pour les femmes noires de sauver leurs fesses des colons voulant faire plus amples connaissance ? Je ne pense pas. La plupart des versions s’accordent à dire que si les origines de ses pratiquants sont bien africaines, cet art martial, lui, serait bien né au Brésil, grâce au melting-pot forcé entre les différentes tribus amenées puis séparées et mélangées entre elles (les colons étant de grands adeptes du « diviser pour mieux régner »). Rajoutez aussi le fait que la capoeira est née dans la clandestinité, et on comprend mieux tout le mystère qui l’entoure (et participe, selon moi, à son charme).

La capoeira en pratique (jadis)

Comme je le disais, ce sport n’était pas bien vu par les esclavagistes pour plusieurs raisons ; d’une c’était une manière indirecte de se rebeller contre l’autorité (la capoeira était l’art martial qui représentait le mieux la lutte contre l’autorité), et de deux, c’était un moyen détourné d’entretenir leur principal outil de défense contre les violences qu’on leur infligeait.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, tous les esclaves n’étaient pas soumis ou enchantés à l’idée de batifoler dans des champs de coton ou cannes à sucre. Certains se rebellaient et s’échappaient. C’est au Brésil, au XVIe siècle qu’a existé le plus grand regroupement d’esclaves rebelles, gouverné par un anneau un roi, Ganga Zumba.

Bien que plus de 30 000 au moment où ils étaient le plus nombreux, ces derniers se sont éparpillés dans les coins les plus reculés, inaccessibles, et vaillamment défendus de la région. Logique vous me direz, ça aurait été un peu ballot pour eux de tous se faire pécho en même temps. Pour la petite histoire, cette foule fut dissipée suite à un conflit entre le big boss et son neveu (non, pas pour une question d’héritage, mais de liberté, le neveu n’ayant pas digéré l’accord que son cher oncle avait signé avec les portugais. Le traité stipulait que toute personne née sur les terres dites « quilombos », terres où vivaient les « rebelles », serait considérée comme libre, contrairement aux personnes marquées par le fer de leur maitre. Ces derniers devaient donc retourner labourer la terre (officiellement, officieusement, je soupçonne qu’un sort plus funeste les aurait attendu, histoire que ceux restés sur les champs retiennent bien la leçon et ne soit pas tentés d’aller gambader ailleurs voir si l’herbe y est plus verte et agréable).

De ce fait, les esclaves avaient coutumes de ralentir le rythme de leurs mouvements (dicté par la musique) quand les colons s’approchaient, donnant l’impression de simplement jouer en effectuant des acrobaties. Cette forme de divertissement était considérée comme une autre de leur « brincadeira », soit en français, « jeux d’enfants ».

Cependant, dès qu’ils s’éloignaient le rythme des chants s’accélérait, transformant en un véritable art martial, où les coups étaient plus vifs et menaçants, ce qui ressemblait plus jusqu’alors à un enchainement de gestes enfantins. Ce jeu de cache-cache avec la société coloniale a profondément marqué l’essence de la capoeira, lui donnant une image ambiguë, mélange d’art culturel (à travers ses chants), de sport (avec ses mouvements spécifiques) et de jeux d’enfants (par ses acrobaties empreintes de malice et défis).

Tom et Jerry danse

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent.

La revanche des Siths colons

Manque de chance, vers la fin du XIXe siècle, une loi fut instaurée au Brésil, condamnant ses pratiquants à un séjour paradisiaque en prison ou en cure sous forme de travaux forcés. Bah oui, s’ils avaient assez de force pour se maintenir en forme, autant les exploiter jusqu’au bout.

fouet

Logique de colon.

Evidemment, vu que ce sport existe toujours à notre époque, on peut en conclure que l’autorité a merdé, pour notre bien être visuel.

la capoeira

Pour que cet art martial gagne en popularité (un comble quand on connait ses origines), il aura fallu attendre le début du siècle dernier. Ce n’est qu’en 1930 qu’une école fut officiellement créée par Manuel dos Reis Machado, autrement plus connu en tant que Mestre Bambi Bimba. Il y enseigna une forme plus récente et moderne de la capoeira : la capoeira régional.

La capoeira régional VS la capoeira traditionnelle (ou angola)

Là où cet art, de par sa clandestinité, s’apprenait dans la rue, incitant ses pratiquants à vivre l’instant présent et suivre leur instinct (tout en respectant le rythme donné par les chants), voilà que des règles et des codes étaient instaurés, avec la mise en place de grades (sous forme de ceintures colorées, chaque couleur représentant le niveau de l’élève). La technique, l’agilité des mouvements et la vitesse sont ce qui différencie principalement la capoeira régional de sa consœur.

Pour certains Mestres, cette dernière se veut plus proche de ses racines angolaises, quand la version brésilienne, et en majorité pratiquée par les blancs, se veut plus spectaculaire. Cela a amené de nombreux conflits au Brésil entre les pratiquants de ces deux types de Capoeira, les uns estimant avoir plus de mérite ou crédit (de par son ancienneté….) que les autres.

Le chant dans la capoeira

Ce sport donne une importance très particulière aux chants et aux instruments, de sorte que l’un ne peut aller sans l’autre. Pour que la pratique de la capoeira puisse se faire, il faut d’abord qu’une roda (soit « une ronde ») soit formée autour des participants, donnant une impression plus forte du spectacle que s’apprête à livrer les capoeristes (ils avaient le sens du show à l’époque, que voulez vous).

Les instruments utilisés sont les suivants :

  • Le berimbau (pour en avoir pratiqué, je peux vous dire qu’il défonce bien votre petit doigt, son poids étant principalement supporté par ce dernier, cet objet de torture fait donc un putain de mal de chien).
  • L’atabaque
  • Le pandeiro (il m’aura fallu assister à l’agonie de deux bagues pour percuter que si mon professeur de sport sexy insistait pour que nous ôtions nos bijoux, ce n’était pas pour le plaisir de faire son chieur. Amen).
  • L’atabaque
  • L’agogo (à ne pas confondre avec un Smogogo) (ma vanne étant faite, pour ceux qui me suivent, tout va bien, je suis toujours dans ma période Pokémon à l’heure où j’accouche de cet article).

Un reco ego peut être utilisé lorsque l’on pratique la capoeira traditionnelle (de mémoire, il n’y en avait pas durant mes cours).

instruments utilisés pendant la capoeira

Le berimbau est l’instrument qui donne et dirige le rythme, de même qu’il décide du début et de la fin de la roda. Les chants peuvent raconter une histoire ou bien véhiculer un message, une morale. Lorsque la roda est formée, deux capoeiristes s’accroupissent au pied du berimbau et patientent jusqu’à ce que la musique commence. Là encore, un ordre est à respecter : un berimbau en toute logique commence en premier, suivi  par d’autres s’il n’est pas seul, l’atabaque, le pandeiro puis enfin l’agogo. Ce n’est qu’à ce moment-là que les chants se font entendre. Un capoeiriste entame les couplets seul, et est aidé sur les refrains par l’ensemble des personnes formant la roda. Ce n’est qu’au premier refrain que les capoeiristes au pied du berimbau peuvent entrer en scène (en effectuant une roue, une roulade ou tout autre mouvement acrobatique). Pour montrer son envie de remplacer l’un des deux combattants, un capoeiriste devra obligatoirement s’agenouiller au pied du berimbau principal avant de faire son entrée.

la roda et la capoeira

Conclusion

Bien que la capoeira soit représentée un peu partout dans le monde et connue grâce entre autres aux jeux vidéo, et films (notez que la plupart souffrent tous du même cliché qui veut qu’un capoeiriste se doit d’être un afro-brésilien aux cheveux longs et tressés), c’est, contrairement à ce que l’on peut penser, le sport national du Brésil. Oui, comme me le dit si bien un ami passionné par le sport, le football n’a pas pour patrie le Brésil mais l’Angleterre. La coupe du monde se passant cette année là-bas, j’en ai également profité pour vous parler d’un art-martial qui voit ses origines profondément liées à l’histoire et à l’évolution de son pays.

Bonus

Mestre Bimba jouant du berimbau

Mestre Bimba jouant du berimbau.

berimbau et Justin Bieber

Un crétin, en train de faire le crétin.

kapoera

Le type de Pokémon que je méprise le plus…

Quoi, vous pensiez vraiment partir sans écouter la musique de capoeira qui me fait le plus vibrer le popotin ?! N’y pensez même pas, vils chenapans.

Zum Zum Zum, (Capoeira Mata Um).

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  • ethoril

    ZUM ZUM ZUM !